L’histoire des parfums : quand les odeurs étaient sans genre
Ça, c’est une phrase qui revient souvent quand je parle de parfum :
« C’est un parfum pour femme ou pour homme ? »
Même moi, j’essaie de plutôt parler d’odeur de caractère, de parfum floral, vivant… Mais parfois, je lâche prise et j’avoue que j’ai déjà dit : « C’est vrai, ça peut sembler “masculin”… » pour faciliter les choses ... Arf.
Et si je te disais que cette question n’a pas vraiment de sens ? Pendant des siècles, les parfums n’avaient pas de genre. Hommes et femmes portaient librement des odeurs que l’on qualifierait aujourd’hui de “féminines” ou de “masculines”, simplement parce qu’elles leur plaisaient.
Les parfums au Moyen Âge et à la Renaissance
Avant que le parfum devienne un objet genré, il était avant tout un signe de raffinement, de statut et de soin de soi. Au Moyen Âge, on ne parlait pas encore de “parfum pour homme” ou “pour femme” : on portait ce qui sentait bon, ce qui permettait de masquer les odeurs corporelles ou d’affirmer son rang.
Les essences florales et aromatiques comme la rose, le jasmin, la fleur d’oranger ou le bois de santal étaient utilisées par tous, hommes et femmes. Les nobles européens, et particulièrement les membres des cours royales, se parfumaient régulièrement leurs vêtements, leurs gants, et même leurs perruques. Certaines eaux parfumées servaient aussi à purifier l’air ou à masquer les odeurs des villes et châteaux.
À la Renaissance, l’usage du parfum devient encore plus raffiné. Les cours italiennes et françaises font venir des essences précieuses d’Orient et d’Italie. Les parfumeurs commencent à créer des mélanges sophistiqués, et le parfum devient un véritable outil de séduction et de distinction sociale, porté librement par hommes et femmes.
Ici, le parfum n’était pas une question de genre, mais une question de plaisir, de style et d’identité. On pouvait sentir la rose sur un manteau d’homme ou le cèdre sur une robe de femme, et personne n’y voyait de contradiction.
Les rois et leurs fragrances
Au XVIIe et XVIIIe siècle, le parfum transcendait les genres. Les aristocrates masculins portaient des eaux de Cologne aux agrumes et parfois aux fleurs, tandis que les femmes choisissaient des mélanges plus complexes, souvent à base de jasmin, iris, ambre ou santal. L’important n’était pas de respecter un genre, mais de montrer son raffinement et son statut.
Louis XIV, le célèbre « Roi Soleil », était passionné de parfums. Il portait plusieurs fragrances chaque jour, principalement des notes florales et orientales, comme le jasmin, la rose, l’iris, le musc et l’ambre. Selon nos standards modernes, certaines de ces fragrances seraient considérées comme féminines, mais pour lui, elles faisaient partie du quotidien masculin et étaient un signe de prestige.
Quelques décennies plus tard, au XVIIIe siècle, les femmes de cour, comme Marie Leszczynska ou Marie-Antoinette, aimaient les parfums floraux et fruités, souvent achetés auprès de célèbres pharmacies ou parfumeurs. Elles parfumaient leurs vêtements, sachets et accessoires, créant des bulles olfactives raffinées autour d’elles. Les hommes de la cour utilisaient parfois les mêmes notes, montrant que le parfum n’était pas encore genré.
L’ère du marketing : quand le parfum devient genré
Ce n’est qu’au XXe siècle, avec l’industrialisation et la commercialisation des parfums, que la distinction « parfum pour homme / parfum pour femme » s’impose. Les notes florales et sucrées ont été attribuées aux femmes, tandis que les boisées, musquées et épicées ont été promues pour les hommes.
Cette séparation n’avait rien de naturel : elle répondait à une stratégie marketing visant à segmenter le marché et créer des identités de marque. Pendant des siècles, les odeurs étaient partagées, mixtes et librement portées.
Porter le parfum qui nous plaît
Aujourd’hui, la bonne nouvelle, c’est que le parfum est redevenu une affaire personnelle. Peu importe ce que la société dit sur les fragrances « féminines » ou « masculines », l’important est de porter ce que l’on aime.
Comme les rois et reines d’autrefois, tu peux choisir une fragrance qui t’enchante et te définit, librement et sans contraintes. Alors, la prochaine fois que tu hésites à porter un parfum « pour le monsieur » ou « pour la dame », souviens-toi : toutes les fragrances peuvent être portées par qui le désire.
Sources et références
- Turin, Luca et Tania Sanchez. Perfumes: The A-Z Guide. Viking, 2008.
- Burr, Chandler. The Perfect Scent: A Year Inside the Perfume Industry in Paris and New York. Henry Holt and Co., 2008.
- Classen, Constance et al. The Taste of Modernity: Senses and Society in Early
- Modern Europe. Berg, 1994 – sections sur les parfums royaux et leur rôle social.
- Aromatic History Resources – Perfume in the European Courts: 16th–18th Century. https://www.aromatics-history.org